Introduction à l’exposition
Apparus avec la révolution industrielle, les objets produits en série et peu coûteux se sont multipliés dans les années d’après-guerre et ont démocratisé la pratique de la collection. La définition même de collection a changé : n’importe quel objet peut être collectionné et par n’importe qui.
La collection est une pratique qui est longtemps restée le privilège des élites qui, en quête de prestige, rassemblaient des objets d’exception : oeuvres d’art, antiquités ou livres anciens. Ce type de collection existe toujours et bénéficie encore d’un statut privilégié aux yeux des institutions et du grand public.
Si nous ne sommes pas tous collectionneurs, environ un tiers des adultes – du moins dans les pays industrialisés – s’avoue être (ou avoir été) collectionneur. Devant l’ampleur du phénomène, certains objets sont même passés au statut d’objet « collector » en se destinant spécialement au marché des collectionneurs.
L’exposition Collectionnez-moi s’interroge sur la relation entre musées et collectionneurs privés, qui s’attachent à conserver des objets courants a priori sans grande valeur. Des Monsieur et Madame Tout-le-monde qui réunissent, souvent sans l’intention de le faire, un matériau de choix pour les chercheurs comme pour les institutions.
L’exposition invite le visiteur à dépasser les stéréotypes d’usage sur les collectionneurs, qui affichent des profils et des motivations multiples. Certains cultivent le goût de l’objet désuet ou de l’éphémère, d’autres manifestent l’amour des séries et du classement ou une fibre nostalgique à travers l’objet collectionné. Les joueurs y voient l’attrait d’une chasse, tandis que les esthètes en retirent un plaisir visuel.
En mettant l’accent sur des collections d’objets qui incarnent la société de consommation, le propos de l’exposition se fait l’écho de la culture matérielle contemporaine face à des objets plus classiques – ustensiles ou services de table – dont la place est traditionnellement admise dans les musées.
Emballages de sucre, bonbons, papiers d’agrumes, opercules de pots de crème, canettes d’energy drink, bouteilles de Coca-Cola, fèves de l’Épiphanie, étiquettes de boucherie, boîtes de sardines…la proximité intentionnelle avec les collections présentées invite le visiteur à poser un nouveau regard sur ces « menus » objets du quotidien.
Par la multiplication d’un même objet, la collection acquière une dimension historique, qui évoque à sa manière des changements dans nos comportements alimentaires depuis les débuts de l’industrialisation. Les emballages sont, à ce titre, exemplaires. Les motifs et les informations qui y figurent nourrissent l’imaginaire collectif et reflètent les attentes et les exigences des consommateurs au travers des époques.
Une partie de l’exposition est consacrée à la collection de Max Währen qui réunit des objets hétéroclites autour de la thématique du pain. Acquise lors de la création de l’Alimentarium, cette collection rappelle les cabinets de curiosités d’antan et offre un contraste saisissant en regard de la modernité et de l’aspect répétitif des autres collections présentées.
Les listes de courses exposées dans le vestibule du musée proposent un témoignage plein d’humour sur la fugacité d’un monde où un bout de papier, utile pour un court moment, termine au fond d’un sac, d’un chariot ou dans la rue.
